jeudi 26 juin 2008

LA CONFÉRENCE DES PRÉSIDENTS À L'ÉCOUTE DES JEUNES

La Conférence des Présidents du Parlement européen, conduite par Hans-Gert Pöttering, a effectué une visite en France, les 25 et 26 juin. Elle s'est notamment entretenue avec le Président de la République, Nicolas Sarkozy, et le Premier ministre, François Fillon, dans le cadre de la préparation de la Présidence française de l'Union européenne qui commence le 1er juillet.

Les Présidents Hans-Gert Pöttering, Joseph Daul, Martin Schulz, Marielle de Sarnez, Daniel Cohn-Bendit, Kathy Sinnott, Pierre Lequillé, Président de la Délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée nationale, Caroline de Camaret, journaliste France 24 et animatrice du débat, et Alain Barrau  
Les Présidents Hans-Gert Pöttering, Joseph Daul, Martin Schulz, Marielle de Sarnez, Daniel Cohn-Bendit, Kathy Sinnott, Pierre Lequillé, Président de la Délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée nationale, Caroline de Camaret, journaliste France 24 et animatrice du débat, et Alain Barrau

La Conférence des Présidents a souhaité rencontrer des représentants d'organisations françaises de la jeunesse. L'occasion d'échanger sur les préoccupations de jeunes citoyens européens et sur ce qu'ils attendent concrètement de l'Europe.

Organisée par le Bureau d'information pour la France, cette rencontre a permis aux Président du Parlement européen et Présidents des Groupes politiques de débattre avec des jeunes âgés de 18 à 30 ans, membres de mouvements de jeunesse, d'associations d'éducation populaire, étudiants, jeunes travailleurs ou chômeurs représentant la diversité de la jeunesse française. Aux côtés de Hans-Gert Pöttering, étaient présents Joseph Daul (PPE-DE), Martin Schulz (PSE), Marielle de Sarnez (ADLE), Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE), Francis Wurtz (GUE/NGL), Kathy Sinnott (IND/DEM) et Irena Belohorska (non-inscrits).

Animé par Caroline de Camaret, journaliste à France 24, le débat s'est tenu à l'Assemblée nationale avec le concours de Pierre Lequiller, Président de la Délégation pour l'Union européenne. « Que les questions fusent avec la franchise qui est celle de la jeunesse », a-t-il souhaité en guise d'introduction.

Le traité de Lisbonne, un progrès pour la démocratie

Au lendemain du référendum irlandais, beaucoup de questions ont porté sur le fonctionnement et le caractère démocratique des institutions européennes. Les jeunes ont fait part de leur scepticisme vis-à-vis des dirigeants européens prêts à contourner le « non » des peuples pour mettre en œuvre le nouveau traité. Pour Hans-Gert Pöttering, par ailleurs favorable au principe d'un référendum européen bien qu'il soit difficile à mettre en œuvre, le traité constitue un réel progrès démocratique puisqu'il confère au Parlement européen un pouvoir législatif étendu à « presque 100% » des politiques communautaires. Une avancée considérable comparée au simple rôle consultatif qui lui était assigné en 1979, première élection du Parlement européen au suffrage universel direct, a-t-il précisé.
  
Face aux « égoïsmes nationaux », Daniel Cohn-Bendit a estimé que l'Europe se devait d'« inventer une démocratie européenne », critiquant par là même les prises de décision à l'unanimité qui « tuent la démocratie », alors que le système de double majorité permet les compromis. Il a aussi insisté sur la légitimité des ratifications parlementaires. Kathy Sinnott a justifié le NON irlandais en expliquant que les citoyens ont rejeté une politique « qui les concerne mais ne les implique pas ». Irena Belohorska a rappelé que le traité de Nice avait été conçu quand l'Union européenne ne comptait que 15 pays, alors que le traité de Lisbonne permettrait de mieux fonctionner à 27.

Une Europe peu visible mais bel et bien présente au quotidien

De jeunes intervenants ont regretté que l'Union européenne ne se préoccupe pas suffisamment de leur vie quotidienne, parlant même de « députés européens invisibles ». D'autres ont exprimé leur inquiétude de voir les gouvernements des États membres se glorifier de leur politique en cas de succès mais rejeter la faute sur Bruxelles en cas d'échec. Sur ce point, Joseph Daul a déclaré attendre des parlementaires nationaux et des médias davantage d'implication en faveur de l'Europe, point de vue partagé par Marielle de Sarnez qui a par ailleurs plaidé pour la montée en puissance d'Erasmus et la mise en œuvre d'Erasmus Mundi, avec un effort budgétaire significatif de la part de l'Union européenne. Joseph Daul a confié à l'auditoire que sur les cinq interviews qu'il avait données dans la journée, aucune n'émanait d'une télévision française. Il a aussi rappelé que tout au long de la journée, chaque citoyen, dans ses gestes quotidiens, « vivait » sous la protection d'une multitude de normes européennes.

Martin Schulz a invité les participants à relativiser et donner à l'Europe sa juste place : avec un budget de 110 milliards d'euros, comparés au 440 milliards du budget allemand, « l'Europe ne peut tout faire ».

Elargissement de l'Europe et immigration

Les Présidents Hans-Gert Pöttering, Joseph Daul, Martin Schulz, Marielle de Sarnez, Daniel Cohn-Bendit, Francis Wurtz,  Irena Belohorska, Pierre Lequillé, Président de la Délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée nationale, Caroline de Camaret, journaliste France 24, animatrice du débat  
 
Les Présidents Hans-Gert Pöttering, Joseph Daul, Martin Schulz, Marielle de Sarnez, Daniel Cohn-Bendit, Francis Wurtz, Irena Belohorska, Pierre Lequillé, Président de la Délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée nationale, Caroline de Camaret, journaliste France 24, animatrice du débat

Interrogé sur l'adhésion de la Turquie et le projet d'Union méditerranéenne qui pourrait constituer un moyen d'écarter cette adhésion, Martin Schulz a plaidé en faveur de l'entrée de la Turquie qui doit être défendue d'un point de vue politique et comme le moyen d'établir une passerelle entre l'Europe et le Proche-Orient. Même analyse de Francis Wurtz qui refuse que l'Europe soit « un club chrétien ». Hans-Gert Pöttering a souligné que l'important est de défendre et de promouvoir les valeurs communes de l'Union : la paix, le droit et la solidarité, et reconnu que de nouveaux élargissements n'étaient pas possibles sans la mise en œuvre du traité de Lisbonne.

Quelques semaines après l'adoption de la directive « retour » par le Parlement européen, qualifiée par certaines de « directive de la honte », plusieurs intervenants se sont inquiétés de voir se construire une « Europe forteresse ». Hans-Gert Pöttering a réfuté ce terme en insistant sur l'engagement de l'UE pour les droits de l'homme et la valeur de la tolérance en dehors de ses frontières. Daniel Cohn-Bendit a ajouté que, bien qu'il se soit prononcé contre la directive lors du vote en plénière, il considérait qu'elle instaurait néanmoins des normes a minima qui « permettent de faire mieux, mais pas pire ».

Proposer un modèle social « avancé » et de développement durable

En réponse aux questions sur l'absence d'Europe sociale - absente, selon les participants, des priorités de la présidence française de l'UE - quand on devrait harmoniser vers le haut la législation sociale des différents États membres, Francis Wurtz a proposé de faire de l'Europe un modèle social « avancé et solidaire » pour le reste du monde. Il a estimé que les mouvements de contestation chez Dacia ce printemps ou lors de la directive Bolkestein en 2005 traduisaient une attente des Européens en matière de justice sociale.


Tous voient dans la promotion d'une politique de développement durable ambitieuse le principal défi des années à venir.

Après la paix, les Présidents s'accordent à considérer que « la nouvelle raison d'être » de l'Europe est « d'user de son influence pour modifier les règles des relations internationales » en faveur d'un « modèle qualitatif et durable » de développement, même si, comme l'a relevé Joseph Daul, il faut tenir compte des conséquences en termes d'emploi de certaines mesures environnementales.


Pour plus d'informations : Alain Barrau  (alain.barrau@europarl.europa.eu)